Accueil Penser Débuter comme professeur de Yoga : entre victoires, désillusions et inquiétudes

Débuter comme professeur de Yoga : entre victoires, désillusions et inquiétudes

par Caroline

Vous pensez peut-être que le monde des professeurs de Yoga est sans nuage, qu’ils enchaînent les cours où se pressent à chaque session une quinzaine de participants ? Ou même que les ateliers qu’ils mettent des mois à organiser se remplissent dans les 3 jours.

C’est ce que vous croyez ? Alors oui, vous avez raison si vous pensez aux yogis comme Rachel Brathen, Jessica Olie, Hélène Duval ou Kino MacGregor.
Mais est-ce le cas pour tous les enseignants ? Le Yoga devenant de plus en plus populaire, est-ce aisé de se faire un nom rapidement ?

Cet article est là pour mettre en lumière les doutes, les victoires, les moments d’incertitude que peuvent connaître les professeurs.
Et parce qu’il est mieux d’écrire sur un sujet en sachant de quoi on parle, je vais illustrer ce billet en prenant mon propre exemple.

Oser se lancer

Juillet 2019, ma formation de 200 heures se termine à Chiang Mai en Thaïlande. ​Une expérience incroyable​, où quelques jours avant la fin, une de nos professeurs nous dit ​“Dès que vous serez de retour chez vous, n’attendez pas pour guider un cours. Lancez-vous ! Que ce soit auprès de votre mère, votre cousin, vos collègues ou les élèves d’un studio, peu importe, mais partagez ce que vous avez appris et croyez en votre capacité à enseigner”.

Voilà un raisonnement avec lequel j’étais assez d’accord et que j’avais bien envie de mettre en pratique lors mon retour en Suisse.
Je me suis donc donnée un mois pour digérer cette formation, relire mes manuels, mes notes prises durant les 5 semaines, réfléchir, m’interroger, discuter avec mon entourage… 30 jours qui m’ont servi à imaginer un plan pour démarrer l’enseignement du Yoga dans des conditions optimales, tout en conservant mon emploi de Responsable Communication dans le Digital ; plan que j’ai immédiatement mis à exécution : shooting photo, création de cartes de visite, d’une page Facebook, mise à jour de mon site web, confirmation d’un créneau hebdomadaire dans un studio, etc.

Cela va bientôt faire 6 mois que j’enseigne, et même si cela semble encore frais, je pense utile de dresser un premier bilan de ce à quoi ressemble la vie d’un professeur débutant, entre aléas et succès.

Mes petits bonheurs…

  • Mon premier vrai succès a été l’engouement qu’ont manifesté mes amis, collègues et élèves du studio dans lequel je suis des cours, lorsque je leur ai fait savoir que j’allais bientôt guider des séances en tant que professeur. Cet enthousiasme s’est immédiatement vu sur le nombre de “followers” sur ​ma page Facebook​. Une quarantaine en l’espace d’un week-end. Juste par le bouche-à-oreille et suite à quelques messages que j’avais envoyés. ​#Victoire
  • J’ai aussi testé plusieurs Facebook Ads en sponsorisant certains de mes contenus. Le retour que je peux en faire est que si vous choisissez bien votre communication, utilisez un visuel “catchy”, un texte qui interpelle et que vous faites un ciblage pertinent, vous maximisez considérablement vos chances d’être vus. C’est de cette façon que j’ai réussi à gagner de nouveaux followers hors de mon réseau connu, et surtout, à ​toucher 4 personnes qui sont par la suite venues à mes cours​. Désormais, ce sont des élèves réguliers :). ​Ô joie !
  • Le vrai triomphe selon moi, et le plus important, reste quand même les merveilleux retours que me font les personnes qui suivent mes cours. J’entends toujours à l’issue d’une séance quelqu’un me dire ​“Ca m’a détendu, j’avais besoin de cela après cette journée intense”, “J’ai l’impression de vraiment sentir l’énergie circuler dans mon corps”​, ou ​“Je me sens reposé”,​ etc. Des paroles simples qui donnent dubonheur et du plaisir​, c’est ce qui me fait sourire, c’est ce qui me confirme que ​je suis capable d’accompagner mes élèves​.

Et les petites contrariétés…

  • Concernant l’animation d’une page Facebook, on peut vite rencontrer le succès… ou non. J’ai établi un plan, une ligne éditoriale, et diffuse régulièrement des posts alternant annonces de mes prochains cours, photos et citations inspirantes, articles que j’ai écrits, etc. Oui, les gens réagissent, aiment, partagent… Mais cela reste encore au niveau d’une communauté d’environ soixante personnes. Difficile donc au bout de 6 mois de confirmer le succès de ma page. Mais j’y travaille !
    On a souvent tendance à croire que ça va immédiatement décoller, que les followers vont tous prendre 2 minutes pour partager avec leur propre réseau ce que Caroline a publié. Hélas non, ça ne se passe pas de la sorte. Alors ​cela nécessitera du temps​, d’agrandir mon réseau, de peut-être revoir le type de certains posts. Mais clairement, ça ne se fait pas en deux semaines. ​#Désillusion
  • Et quid du remplissage des cours ? Lorsque j’ai commencé à guider des séances de Yoga, je pensais, peut-être naïvement, que j’aurais systématiquement des élèves qui viendraient à chaque cours… Que nenni ! Alors une première personne m’écrit le matin même pour me dire qu’elle est malade. Puis une seconde, qui me dit avoir oublié de me prévenir qu’elle était à l’étranger. Une autre qui a un empêchement de dernière minute… Évidemment, même si chacun a des impératifs d’agenda ou autre, c’est déstabilisant en tant que jeune enseignante de se rendre compte que ce soir-là… ​je n’aurai personne​. Alors toutes les questions vous passent par la tête. “Pourquoi ont-ils annulé ?”, “Est-ce mes cours ?”, “Ont-ils une bonne raison ?”, “Dois-je continuer ?”, etc.

    Fort heureusement, cela n’arrive pas toujours. Mais il faut ​être prêt à vivre ce genre de déception de temps à autre​. Je crois qu’il vaut mieux partir du principe que certains de vos élèves ne seront pas chaque fois au rendez-vous… Et avoir une bonne surprise en les voyant arriver à vos cours ! ​#Déception
  • Être jeune professeur de Yoga signifie aussi s’interroger sur son enseignement. Je crois profondément que malgré les années de pratique et mon Yoga Teacher Training, ce n’est que ​le début de l’apprentissage​. On découvre, expérimente et approfondit chaque jour le Yoga. Partant de là, je me questionne souvent après mes cours. ​“Ai-je la légitimité d’enseigner ?”, “Que pensent mes élèves ?”, “Quelle est ma valeur ajoutée dans ces cours ?”, “Mes instructions leur ont-elles permis d’explorer cette posture différemment?”​, etc.
    Alors je me questionne sans cesse, réfléchis à ce que je pourrais améliorer ou devrais modifier. Et je crois que ces interrogations sont nécessaires si l’on souhaite enseigner sérieusement. Mais je crois aussi qu’​il faut se faire confiance​ et ne pas systématiquement remettre en question ce que l’on partage avec les autres. ​#Incertitude

Se lancer dans l’enseignement du Yoga a quelque chose d’excitant

On se dit qu’il s’agit d’une nouvelle page du livre de notre vie. Partager avec bienveillance notre savoir et notre pratique, avec des élèves qui viennent à notre cours en espérant trouver ce qui les a amenés là, constitue le souhait de beaucoup.
On a envie aussi de se faire connaître au-delà de notre réseau, fidéliser des étudiants, attirer de nouvelles personnes. Rencontrer le succès, on l’espère aussi ! On s’imagine être sollicité pour animer des cours dans des festivals, des retraites ou des master classes.

J’ai toujours été de nature prudente et préféré ne pas m’enthousiasmer trop vite. Alors je suis la plus heureuse lorsque je vois que mes élèves reviennent à mes cours, en parlent autour d’eux. Mais je suis aussi consciente que rien n’est acquis, que l’apprentissage est continu, qu’il faut se ré-inventer, s’adapter, et que la communication se travaille, se teste, s’ajuste.

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